Portrait : Jean-Claude Chaudière est un personnage incontournable à Bourg St-Andéol, connu de tous ! Mais qui est-il et quel a été son parcours ?
JCC : Je suis né le 6 mars 1946, mon père était Louis Chaudière, paysan modeste qui cultivait quelques terres à l’aide de son cheval de labour, il a travaillé durement toute sa vie, comme les gens d’alors ; ma mère Yvonne était une fille Moulier, une famille du Bourg et elle exerçait le métier de couturière. J’ai effectué toute ma scolarité à l’école du centre, où j’ai obtenu mon certificat d’études, puis mon BEPC en 1962. Après mes études, je suis rentré comme nombre de bourguésans à l’usine de carrelages jusqu’en 1976 ; j’y ai appris le métier de chaudronnier sur le tas, j’ai fait une formation pour adultes où j’ai réussi le CAP de chaudronnier. Après 1976, je quitte l’usine pour m’installer en tant que bouscatier, c’est-à-dire bûcheron, charbonnier dans les bois du Laoul, j’étais déjà passionné par les métiers d’autrefois. Ensuite, je suis recruté comme professeur d’atelier en métallerie au collège Le Laoul, et heureux du contact avec les élèves à qui je transmets mon savoir. Mon contrat n’est pas renouvelé, je me retrouve brutalement au chômage, à faire divers petits boulots. J’arrive à rebondir, car depuis 1985, j’ai appris le métier de la vannerie dans le cadre d’un contrat de pays à Privas, j’effectue un stage très intéressant chez une vannière qui m’enseigne l’art de confectionner des paniers et autres articles de vannerie. En 1996, je deviens animateur à la Maison de pays de Rasteau (Vaucluse), mon activité consiste à valoriser les produits du terroir ainsi qu’à animer un théâtre provençal et à promouvoir le savoir-faire et les traditions locales.
L’été 2001, je suis recruté par la Mairie de Bourg St-Andéol en qualité d’animateur de la Maison de Pays ; dans ce cadre j’ouvre un atelier de vannerie à l’ancien foyer Emilienne Doux, mis à ma disposition par la municipalité. Je m’occupe également, en collaboration avec Renée Lazero, ancienne pêcheuse sur le Rhône, bien connue des anciens bourguésans, de la valorisation du patrimoine fluvial rhodanien. Sous ma responsabilité, est lancé un projet de construction d’une barque identique à celles utilisées autrefois sur le Rhône à Bourg. Je m’occupe aussi de la charbonnière traditionnelle dans les bois du Laoul, qui permet au public, ainsi qu’aux scolaires, de voir concrètement comment travaillaient les hommes autrefois. Enfin, j’anime également un atelier de cuisine traditionnelle ardéchoise où sont cuisinés comme jadis : caillettes, bombine, crique, mais aussi confitures de châtaignes, d’abricots, de gigerine…).
A propos de châtaignes, l’Ardèche étant par excellence le pays de ce fruit d’automne, pouvez-vous nous dire ce qu’il évoque pour vous, et nous livrer votre recette de confiture ?
JCC : Bourg St-Andéol n’est pas à proprement parlé le pays de prédilection de la châtaine, qui est plus à son aise dans la montagne ardéchoise. Cependant, je me rappelle les veillées d’autrefois où ma mère, au coin du feu, nous préparait des châtaignes à l’eau, grillées sur l’âtre, ou encore cuites dans le lait chaud parfumé à la cannelle. La châtaigne fait partie des traditions de toute l’Ardèche, les rôties étaient souvent agrémentées de vin chaud.
« Pour la confiture, ma mère Yvonne la préparait ainsi : pour 2 kilos de châtaignes, tout d’abord, peler soigneusement les châtaignes, les plonger ensuite 20 minutes dans l’eau bouillante ; les sortir et sans se brûler, enlever délicatement toutes les petites peaux pour que les châtaignes soient bien « toutes nues » ; passer alors toutes les châtaignes à la moulinette pour obtenir une purée ; peser ensuite la purée obtenue ; rajouter 800 grammes de sucre par kilo de purée, soit 1,600 kg de sucre pour 2 kg de purée, par exemple ; ajouter une gousse entière de vanille pour 2 kg de purée. Dans une grande bassine en cuivre, faire un sirop, c’est-à-dire faire chauffer le sucre jusqu’à ébullition avec un verre d’eau ; à ce moment-là, verser la farine de châtaignes en pluie, et à la reprise de l’ébullition, tourner sans cesse pendant un quart d’heure de cuisson sans s’arrêter. Il ne reste plus qu’à mettre la confiture en pots et à bien se régaler ! »
Parlez-nous de votre engagement dans le mouvement occitan, l’Occitanie, qu’es aco ?
JCC : Mon engagement dans le mouvement occitan s’est fait progressivement. Tout d’abord lorsqu’en 1966, j’étais sous les drapeaux, le révélateur a été un soir à la caserne, la projection d’un film du talentueux réalisateur Stellio Lorenzi « le Drame Cathare ». J’ai ressenti une profonde injustice face au massacre du peuple des pays d’OC par les troupes du roi de France, avec la complicité du Pape. Dès lors, je me suis ressenti moi aussi un occitan dans l’âme. Ensuite, j’ai connu les chansons du poète-chanteur-militant occitan Claude Marti que j’ai rencontré et avec qui j’ai longuement discuté en 1974 sur le plateau du Larzac. J’ai d’ailleurs commencé à apprendre la langue occitane en écoutant ses disques.
Enfin, dans ses années-là, j’ai rencontré celui qui depuis est un ami de toujours, Jean-Marc Pellet, pittoresque et célèbre boulanger de St-Remèze et sa charmante épouse Nicole, écrivaine de talent. Jean-Marc était déjà membre actif du PNO (Parti Nationaliste Occitan). J’avais auparavant rencontré des membres de l’Institut d’Etudes Occitanes, mais avait été déçu par le fait que leur engagement ne consistait qu’en la promotion de la langue et la culture occitane, et pas un véritable engagement politique.
Et le club occitan, parlez-nous de son histoire :
JCC : C’est Jean-Marc Pellet qui a créé le club occitan dans les années 1980. Ses activités professionnelles de boulanger lui laissant peu de temps, j’en assume la présidence à partir de 1985. Sa vocation est la promotion de langue et de la culture occitane, notamment par l’enseignement de la langue d’OC, de la culture et des traditions, des savoir-faire traditionnels, de la musique, danse, folklore et enfin la cuisine traditionnelle occitane.
Actuellement le club compte 15 membres réguliers plus des personnes qui viennent occasionnellement. Nous avons la chance de vivre dans un pays chargé d’histoire et de traditions, riche en culture que nous devons transmettre aux générations futures, envie d’apprendre et de partager toutes ces richesses de notre patrimoine. Je vous invite donc à nous rejoindre nombreux, dans une ambiance amicale et festive.